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Évaluation de société et homme clé

L’enjeu : l’homme clé constitue la clé de voûte de la majorité des petites structures d’entreprises. Quelle la valeur de cet homme clé par rapport à la valeur financière de l’entreprise ?

Evaluation de société et homme clé

Un homme clé incontournable dans la majorité des petites entreprises

Dans bon nombre d’entreprises, notamment d’essence familiale, l’outil de production, de services, du commerce concerné s’est progressivement constitué autour de la compétence et de la personnalité d’un homme ou d’une femme clé. Que son savoir-faire soit technique, commercial ou encore managérial, l’homme ou la femme orchestre est généralement désigné par le terme d’homme clé. Omniprésent, ce collaborateur opérationnel constitue la véritable clé de voûte de l’ensemble du système : associé, gérant, président, collaborateur. Cet « homme clé » est généralement présent dans l’entreprise depuis plusieurs décennies, indispensable à la bonne marche de la société, voire incontournable. C’est la raison pour laquelle la disparition brutale de cet homme clé peut impacter immédiatement la croissance de l’entreprise, sa rentabilité et remettre par là même en question sa pérennité.

 

Les contrats homme clé

Les banques et les compagnies d’assurance ont compris l’enjeu représenté par cet « homme clé » et proposent ainsi à leurs clients Entreprise la souscription de contrats d’assurance « homme clé ». En cas de survenance du préjudice couvert constitué par le décès de « l’homme clé », un capital peut être versé à l’entreprise. Dans sa Décision rendue le 31 mars 2017 portant la référence n°387209 / 9ième et 10ième Chambres réunies, le Conseil d’Etat indique que seules les primes acquittées par l’entreprise couvrant le risque de décès de « l’homme clé » sont déductibles du résultat et non pas les primes qui concerneraient une assurance-vie. Dans ce second cas, il s’agit d’un contrat caractérisant un placement financier. Certains contrats peuvent être mixtes et prévoir le versement d’un capital à un bénéficiaire désigné encore en vie à une échéance indiquée.

 

L’évaluation financière de la société avec et sans son homme clé

Comment, dans ces conditions, évaluer financièrement une société avec son homme clé, puis sans son homme clé suite au décès de celui-ci ? Le capital reçu après l’événement dramatique affectant directement l’entreprise est-il en mesure de permettre le recrutement et le remplacement de la compétence disparue ? Lorsque l’homme clé dirige la société, le caractère opérationnel de celui-ci doit être pris en compte dans le diagnostic des forces et des faiblesses de l’entreprise, ce qui impacte nécessairement la valorisation financière de la société.

Lorsque cet homme clé disparaît, dans quelle mesure l’entreprise s’en trouve-telle dangereusement affectée ? comment est-elle possible de se réorganiser à court terme ? Est-elle capable de pallier rapidement au manque de l’homme clé ? Après une période inévitablement intermédiaire au cours de laquelle l’évaluation financière de la société trouverait peu de sens, les perspectives de rétablissement de la compétence perdue doivent être estimées, la valorisation financière prend alors en considération la permanence des méthodes commerciales, des techniques de production, des aspects managériaux et sociaux, le budget envisagé des volumes d’affaires à générer, les charges et la situation de trésorerie. Si l’impact de celui ou de celle qui était précédemment considéré comme l’homme clé est relativement faible en fin de compte, la valorisation financière de la société pourrait être du même ordre de grandeur de ce qu’elle était avant la disparition de l’homme clé.

 

Vers une entreprise « nouvelle » à évaluer financièrement

En revanche, si un nouveau modèle économique a été défini, si une nouvelle orientation commerciale, technique ou managériale a été prise après la disparition de l’homme clé, nous nous trouvons en fin de compte en présence de ce qu’il conviendrait le cas échéant d’appeler une « nouvelle » entreprise. En conséquence, toute comparaison avec l’entreprise précédente pourrait se révéler vaine, les bonnes questions à se poser concernent les résultats futurs escomptés, les cash-flows susceptibles d’être obtenus. Ce sont ces deux agrégats normatifs qui permettraient alors au professionnel du chiffre de déterminer la valeur financière de l’entreprise et donc de ses droits sociaux, après avoir pris en compte l’endettement financier net de la « nouvelle » entreprise ainsi qualifiée qui ne comporte plus le même « homme clé » que précédemment.

 

Bon à savoir : l’homme clé influe indéniablement sur la valeur financière de la petite société. Malgré cela, il apparaît difficile de pouvoir dissocier la structure d’exploitation professionnelle de l’entrepreneur afin de valoriser la société sur le plan financier.